Le méli-mélo des médocs: à quand l’automédication (un simple test)? — Où il est aussi question de “fric”

Il n’y a pas à dire: cela fait toujours du bien de voir son (sa) psy. Je suis arrivé au cabinet de — comment l’eussé-je nommée la première fois que je l’évoquai dans ce blog? — disons Mélissa, je titubais dans la rue; j’avais dormi presque toute la matinée, avais dû renoncer du fait de mon épuisement tenace à un repas avec mon père et mon frère; cela n’allait pas bien du tout. Je suis ressorti du cabinet de Mélissa d’un pas vaillant et assuré — certains me suivant sur Facebook se rappelleront peut-être ce post où je racontais avoir rêvé d’elle me proposant de “poursuivre la consultation à l’hôtel” —; oui, malgré son côté très peu rock’n roll, j’ai un faible pour cette femme: à chaque consultation, je suis énervé de ne voir que la moitié de son visage du fait du port obligatoire du masque et je ne peux jamais m’empêcher de fixer, agacé, l’alliance sur son annulaire gauche. Je suis donc ressorti de ma consultation significativement ragaillardi. Que s’était-il passé? Je lui ai immédiatement relaté l’horrible expérience de la quétiapine (censée contenir mes palpitations et angoisses post-φ–obsession), n’hésitant pas à insister un poil en disant que j’avais purement et simplement, au bout de quatre jours de plongée sans fin, balancé les boîtes dudit médoc par la fenêtre avant de descendre dans la cour de l’immeuble pour les disposer convenablement dans le local à ordure. Mélissa n’a pas remis en cause mon choix. Elle a quand même demandé: “mais avec votre chanteuse, là, Machine-Bach, comment cela a évolué?” Ma réponse fut simple: une fois le concert du 30 novembre passé, mes cauchemars et angoisses avaient cessé, une page s’était tournée, et φ était sortie de ma tête — ce qui est à la fois la vérité et un petit mensonge: curieusement, ces derniers jours, φ est apparue plusieurs fois dans mes rêves, mais jamais comme une amante ou un objet de désir et de conquête, seulement comme une présence apaisante, rassurante, presque sororale (cette dame restera jusqu’à la fin de mes jours comme un mystère dans ma psyché). Mais là n’était pas vraiment le problème: j’étais arrivé chez Mélissa avec la ferme intention de lui foutre un coup de pression afin qu’elle fît évoluer radicalement mon traitement antidépresseur. Je lui ai dit: “je n’en peux plus d’être tout le temps épuisé, abattu, déprimé, de devoir me recoucher chaque matin après le petit-déjeuner, de mettre deux à trois jours à me remettre de n’importe quelle journée un poil plus active aux plans physique et social…” Elle a donc viré l’escitalopram pour le remplacer par la vortioxétine. Je lui ai demandé quelles vertus supplémentaires avait ce nouvel antidépresseur: “il est normalement significativement plus stimulant au niveau cognitif comme au niveau physique”, fut sa réponse. Elle m’a ensuite prolongé mon arrêt maladie jusqu’au mois de février et, à ma demande, m’a prescrit un bilan sanguin complet. Elle m’a souhaité une bonne fin d’année. À cause de cette saloperie de masque, je n’ai pu voir si elle me souriait ou pas.

J’ai ensuite eu la force de “courir” du quatorzième arrondissement jusqu’à Vincennes pour mon rendez-vous chez le dentiste. J’étais dans les temps et me suis offert le luxe d’avaler en mode express un tiramisu et un chocolat chaud dans une brasserie chic. Je me suis même surpris à fumer une cigarette en marchant (ce dont je n’ai généralement pas la force). Je n’étais pas venu dans ce secteur de la métropole depuis 2018 et avais oublié son niveau de bourgeoisie. Comme j’allais beaucoup mieux que le matin, vérifiant que j’avais bien mes Cialis “de secours” (j’ai toujours sur moi, lorsque je sors, deux types de pilules: l’un pour diminuer l’angoisse et l’autre pour bander, on ne sait jamais, sur un malentendu, tout peut arriver…) — je me suis alors demandé si je n’allais pas profiter de mon passage dans le coin pour m’offrir mon escort semestrielle. La visite chez le dentiste m’a vite calmé: une dent cassée avec comme solution, dans le meilleur des cas, une couronne, et, le plus probablement, un implant à installer. Boum. Ressortant dans le froid et la nuit tombante, me remémorant comment le Ministère m’avait averti qu’il ne me restait que quelques mois avant d’être placé en “disponibilité d’office pour raisons de santé” (plus aucun traitement; plus de cotisation retraite), je vis que mon petit up de libido lors de l’arrivée chez les bourgeoises était complètement retombé. Durant peut-être douze secondes, j’ai hésité (Mélissa m’avait, vis-à-vis de ces problèmes de précarité, un peu rassuré en me disant que je devais déclarer mon invalidité auprès de la sécu pour bénéficier d’une compensation). Qu’allais-je faire? Tirer deux cents euros, m’installer dans un café pour avaler deux Cialis, zapper sur sexemodel.com pour me rendre compte que je devais tirer cinquante boules supplémentaires vu le standing de l’endroit? J’étais transi et ai préféré donner dans l’investissement à long terme: m’offrir un gros pull épais à roulé en cachemire et un paquet de Pim’s à la poire à Monoprix.

Trêve de badineries. Quel va être concrètement l’effet de la vortioxétine? J’attends de voir ça (sachant qu’avec les antidépresseurs il faut toujours se montrer patient: des fois ils peuvent mettre plusieurs semaines à faire totalement de l’effet…). J’ai parfois l’impression que Mélissa joue à l’apprentie-psychiatre avec moi — on ne peut guère la blâmer vu la complexité de mon cas… J’ai alors des envies d’automédication, de “tests”. J’ai passé une partie de la journée à repenser à cette époque (février–mars 2015) où mon psychiatre chilien, appelons-le Carlos, et moi-même luttions — non l’un contre l’autre mais au coude-à-coude — pour savoir si j’étais réellement “bipolaire”. Carlos me considérait surtout comme le modèle absolu de l’ “angoissé perpétuel”. Je sentais que le lithium m’abattait. Carlos avait pris le risque de le retirer, me laissant seulement la lamotrigine comme thymorégulateur (probablement la même dose quotidienne qu’aujourd’hui), me rajoutant une dose minimum d’antidépresseur (10 mg d’escitalopram), et conservant le Rivotril contre l’angoisse et pour le sommeil (ah! Le Rivotril! Quelle nostalgie… Mais pourquoi l’ont-ils restreint en France au domaine de la neurochirurgie?…). Même si ma relation avec ma compagne Camila battait déjà bien de l’aile, durant plusieurs mois je m’étais senti “stable”. Je fumais un peu d’herbe, courais beaucoup pour lutter contre mes phases de “déprime” — en comparaison de ce que je traverse depuis plusieurs années, ma dépression chilienne n’était qu’un caprice d’adolescence, de la “mélancolie” — j’étais surtout un “bipolaire géographique” et la solution (évidemment impossible du moins du point de vue familial) eût été de ne jamais remettre les pieds au “pays”: chaque fois que j’allais en Europe pour des vacances ou des congrès scientifiques, je montais invraisemblablement dans les tours, abusais de substances illicites, m’exposant à faire n’importe quoi et à des retombées catastrophiques une fois de retour en Amérique du Sud. L’acmé de cette bipolarité géographique se produisit au début de l’été boréal 2015: je devais faire, à Prague (Prague!), une présentation orale dans je ne sais plus quelle réunion annuelle de je ne sais plus quelle association internationale de géophysique. J’avais monté le plan le plus suicidaire qui soit que ce soit pour ma santé mentale ou pour mon couple: si pour ledit congrès je logeais dans un grand appartement avec trois collègues francophones dont je connaissais le sérieux, j’avais en parallèle “convié” deux amis français qui à l’époque nageaient complètement dans le festoiement nocturne et la toxicomanie — je les appelais mes “droogies” (double référence: Orange Mécanique + drogues). Ma présentation avait lieu le tout premier jour du congrès; je m’étais surtout illustré par l’introduction de mon discours, ressortant une vieille controverse propre à mon domaine scientifique et clamant dans un anglais d’aéroport sibérien: “some of you might think: ‘again?’… Yes: ‘again’!!” (Dans le public, beaucoup avaient ri). Je n’avais ensuite plus remis les pieds au congrès: durant une semaine j’avais plus ou moins délaissé mes collègues et toutes les nuits avec mes droogies c’était cocaïne, herbe, Tramadol, boîtes, bars à putes, etc. La suite? J’ai dû la raconter dans un très vieil article: si dans les bordels je n’étais que spectateur des shows d’attraction, un soir où je ne gérais plus rien du tout j’avais atterri dans un faubourg glauque de Prague dans l’appartement d’une nana slovaque ne parlant que trois mots d’anglais mais étant parvenue à me faire comprendre qu’elle était “cartomancienne” — elle avait surtout le feu au cul! J’avais hésité: il me restait de quoi faire deux rails de coke; en les gardant dans ma poche, je pouvais encore fuir. Évidemment, pour paraphraser l’un de mes droogies, j’avais chié. Et cætera. 

J’ai l’impression de m’être égaré… Mais peut-être pas tant que ça: quelle morale, quelle conclusion retenir? THE LESS THE BETTER. (Sauf dans l’amour? Discutable…). Si je suis devenu presque totalement abstinent que ce soit en termes de consommation d’alcool ou de substances illicites, ne recevrais-je pas un traitement pharmaceutique trop lourd? Devrais-je faire le test, sur disons quelques jours, de soulever le couvercle du lithium, quitte à le reposer aussitôt? Arriver à diminuer jusqu’à arrêter complètement les benzodiazépines (anxiolytiques), qui ne sont pas vraiment réputées pour aider à sortir de la dépression? Remplacer les somnifères par du sexe? Avec un ami nous nous sommes livrés au calcul: trois mois d’abonnement à un site de rencontre (avec les options Gold–machin chose sans lesquelles il est impossible d’aboutir à la moindre rencontre) cela équivaut au prix d’une heure chez une escort de niveau plus que correct. Mais vu l’incertitude de mon futur professionnel et financier, les escorts et Tinder c’est out. K’s Choice?…

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