De la difficulté d’avoir une vie sexuelle lorsque l’on est bipolaire [Bipolaroid Club — Épisode 2]

Re-bienvenue au Bipolaroid Club

Vous avez été nombreux à lire le premier épisode du Bipolaroid Club. Plusieurs personnes, ouvertement ou par message privé, m’ont révélé qu’ils n’avaient pas respecté les deux premières règles et que leur vie était donc foutue, qu’ils étaient condamnés à la finir dans la solitude la plus totale. (Je pourrais ici ouvrir une longue parenthèse pleine de vaine espérance, que je préfère toutefois garder pour un épisode ultérieur). Qui parle de la notion de solitude pense aussi à la notion de couple et donc de sexualité. Lisez-moi attentivement:

La règle numéro 4 du Bipolaroid Club est: “si vous êtes déjà en couple, vous pouvez vous considérer comme (temporairement?) chanceux et aller directement lire la règle numéro 7.”

La règle numéro 5 du Bipolaroid Club est: “quelle que soit la méthode que vous utilisez pour chercher l’âme-sœur (par exemple, au hasard: Tinder), en cas miraculeux de succès, ne parlez surtout jamais de votre maladie avant, disons, le premier enfant.”

La règle numéro 6 du Bipolaroid Club est: “si vous êtes désabusé par les méthodes actuelles de rencontre via applications smartphoniques, plusieurs solutions existent: (1) la chasteté; (2) le sexe en réalité virtuelle (VR) sur internet; (3) les escorts (quel que soit votre sexe); et, peut-être plus que tout (4) les cliniques psychiatriques privées. La solution numéro 3 peut se révéler très coûteuse — surtout si l’on y devient accro en phase (hypo)maniaque — et apparaître comme honteuse mais sachez que dans certains pays comme la Suisse les personnes souffrant de graves troubles psychiques ont droit aux frais de l’État à la fréquentation d’un⋅e escort par mois.”

La règle numéro 7 (je pourrais l’écrire en majuscule) du Bipolaroid Club est: “si vous êtes un homme et qu’en particulier lors de phases dépressives — mais pas seulement —, votre traitement pharmaceutique vous coupe systématiquement toute érection voire libido n’ayez jamais honte de recourir aux produits dopants comme le sildénafil (Viagra) ou le tadalafil (Cialis).” (Je suis ici lamentablement désolé d’être d’une ignorance crasse concernant les déficits de libido associés à la maladie et aux médicaments dans le cas de la gente féminine et de ne pas avoir pris le temps de faire des recherches sur ce sujet mais, de la même manière que pour le sexe dit “opposé”, des solutions pharmaceutiques existent sans doute, du moins je l’espère…).

La règle numéro 8 du Bipolaroid Club est: “Il n’y a pas que le cul dans la vie mais quand même, surtout s’il s’agit de votre première visite au Bipolaroid Club, lisez attentivement ce qui suit.”

Personnellement (je vais essayer d’être le plus concis possible car je pourrais écrire un roman concernant chacune des des règles ci-dessus), au cours des presque six dernières années, je n’ai jamais eu de relation sexuelle en dehors du cadre des escorts et des cliniques psychiatriques (je n’y suis jamais allé — en clinique — qu’en cas d’absolue nécessité médicale mais je peux vous assurer que j’ai pu y côtoyer, notamment chez les hommes, des personnes y venant spécialement pour s’offrir des vacances de baise payées par la sécu… Sans commentaire). Disposant de ressources financières assez modestes et n’ayant pas connu de phase maniaque ultra-dépensière depuis 2017, je m’offre une à deux visites par an chez une escort — et j’y trouve parfois bien plus d’amour que lors de rencontres tinderesques express avec la première bimbo venue qui veut voir la Rolex avant de convenir d’un second rendez-vous. (Et, chères mesdames, sachez si vous l’ignorez qu’il existe comme j’ai pu l’insinuer plus haut de nombreux sites où l’on trouve des escorts masculins). Concernant justement les sites et applications type Tinder, adoptemonsexe, et autres, revenons à la règle numéro 5. J’ai une fois fait le test de me tirer une balle dans le pied: j’avais rencontré une femme adorable et calme, profil idéal pour un bipolaire à tendance ultra-UP comme je tendais à l’être à l’époque (ce devait être à la toute fin de l’année 2016). Au cours d’un repas dans un restaurant asiatique, je lui avais sorti de but en blanc: “au fait, il faut que je te dise un truc — je suis bipolaire.” Elle avait laissé tomber ses baguettes par terre. “Te rends-tu compte que c’est terrible ce que tu me dis?”, m’avait-elle demandé. Nous nous étions cependant revus ensuite; cela n’avait pas fonctionné entre nous pour des raisons n’ayant que peu à voir avec ma maladie — comme quoi tout espoir est permis. Enfin, enfin, enfin, je peux vous garantir une chose: le tadalafil (Cialis) que je prends depuis presque deux ans a changé ma vie. Avec une pilule quotidienne, je me re-masturbe comme lorsque j’avais 15 ans; avec deux pilules, je suis le Sex King avec n’importe qui me plaisant un minimum; avec trois pilules, je peux appeler Marc Dorcel (j’en rajoute pour la forme mais, réellement, ça marche).

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