La matérialisation de l’animal–totem et du symbole magique — “J’ai pas peur”

Pour comprendre cet article, vous devez avoir lu au préalable celui-ci: “Synchronicités, relations Présent–Futur, et symboles magiques”

La “dame du métro” avait raison. Sans doute parvenait-elle à lire à travers moi ou était-elle réellement précognitive. Je n’ai même pas eu à attendre cinq jours. Oui, j’ai récupéré un petit chaton qui traînait dans la rue hier soir et j’ai reçu ce matin une carte postale de Fishbach qui me disait qu’elle était très triste pour moi. Je déconne, bien sûr. Non, c’est à la fois plus beau et plus préoccupant. Les deux, l’animal–totem (le chat) et le symbole magique (la lettre grecque φ) me sont apparus hier en parfaite synchronicité sur une page Twitter. 

Par où commencer? Si je me souviens bien, hier au soir donc, je cherchais sur YouTube la chanson “Russian Roulette” de Rihanna pour la publier sur Facebook (on occupe ses temps de mort comme on peut…). J’ai laissé YouTube tourner et me balancer ce qu’il me balance en fonction des algorithmes identifiant mes préférences passées (ce n’est pas aussi élaboré que Spotify): “I’m Not Scared” de Eighth Wonder (1988) a surgi. J’ai allumé une cigarette. J’ai regardé le vidéo-clip. YouTube a enchaîné sur la (longue et sublime) version des Pet Shop Boys (compositeurs de la chanson en question et producteurs de la version interprétée par Eighth Wonder). Pour disposer d’une meilleure qualité sonore, j’ai mis le 45 tours de “I’m Not Scared” puis ai cherché dans ma discothèque numérique les cinq versions différentes (master original, remaster, disco mix, version étendue, version française). Et tout m’est revenu en mémoire: l’été 1988, les vacances en Bretagne à Trélévern, près de Perros-Guirec, l’omniprésence du hit en question à la radio et… Patsy Kensit, la chanteuse de Eighth Wonder. Qu’elle était belle, ensorcelante, et sexy (voir la vidéo officielle à la fin de l’article). Patsy Kensit représenta mon tout premier fantasme (fantasy) d’adolescent — je ne savais pas comment me masturber à l’époque, je n’avais que douze ans, tout n’était que cape-et-épée dans de douces rêveries au long de nos trajets fréquents en voiture vers la côte de granite rose — et Patsy Kensit restera donc pour toujours comme le plus beau de tous les fantasmes de toute ma vie (même au-dessus de Catherine Zeta-Jones et Michelle Pfeiffer). Et NON! Patsy Kensit n’était pas ma Fishbach de l’époque! Je prends ici la peine de recopier une partie de l’article mentionné en introduction: “Fishbach (φ) n’a jamais été que l’étendard de mon printemps 2017, au cours duquel, dans les cirrus de l’hypomanie (le fameux up propre aux troubles bipolaires), le bonheur était trop beau, constant et intense pour être sinon réel du moins durable — et Fishbach en était le reflet parfait en musique et en modèle féminin, elle était le doux visage et les beaux yeux d’une vie dont j’étais amoureux, d’un printemps français (je laisse de côté mes printemps chiliens…) que je n’avais jamais connu et que je ne reconnaîtrai peut-être, sans doute, jamais.” Je me suis sans doute contredit de multiples fois sur ce sujet, mais je n’ai jamais vraiment fantasmé sexuellement sur Fishbach. Bien. Si vous avez tout suivi et êtes un poil intelligent, vous savez d’ores-et-déjà ce que je vais écrire au sujet du symbole φ. “φ”, du moins de mon temps, était l’abréviation utilisée en cours par les lycéens pour ne pas avoir à écrire en entier “Philosophie”. Cherchons comment s’écrit “fantasme” en grec: φα’ντασμα. Allez voir la définition de fantasme, ou phantasme, sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL; https://www.cnrtl.fr/lexicographie/fantasme). Nous pourrions ici digresser pendant des heures. Selon des dictionnaires beaucoup plus basiques sur internet, fantasme est défini comme “image, représentation par l’imagination”. Certains me renverront peut-être à l’école lacanienne: “φ = image phallique” — mais je n’ai pas grand chose à foutre de la psychanalyse; et, en outre, je suis d’en l’obligation, par respect pour les chanteuses ou actrices mentionnées (jusqu’ici, dans ce blog, φ me permettait d’abréger “Fishbach”, comme j’abrégeais “philosophie” au lycée; et j’espère que si par le plus grand des hasards cette dernière φ est venue “inspecter” mes écrits elle n’est pas lacanienne…), je suis dans l’obligation donc de m’en tenir à ma propre définition: adolescent, je “fantasmais” sur Patsy Kensit en la projetant dans ma conscience comme la “femme de mes rêves”. Et conclusion évidente de ce paragraphe: “φ” est mon symbole magique pour “fantasme”. 

Où veux-je aboutir à travers tout ce baratin? Revenons à hier soir: j’écoute “I’m Not Scared” et je me demande: “qu’est-ce qu’a pu devenir Patsy Kensit?” (Question que je n’étais jamais posée depuis 1988…). Je trouve sa page Facebook, très maigrement fournie, aucune mise à jour depuis 2020, mais cette introduction mystérieuse: “Mother, writer, actress, book lover, cat obsessor.” Je vois un drôle de bouton “s’inscrire”, je clique et j’arrive sur “rédiger un message à Patsy” sur Twitter; j’aperçois aussi en haut de la page un couple de photos: un chaton à gauche, elle à droite (une femme invraisemblablement bien conservée pour son âge…) — la fameuse matérialisation prédite par la “dame du métro”! À partir de ce point, j’entre dans la physique de ma conscience. Comme un con, comme toujours, parce qu’en écrivant à des icônes je m’écris surtout à moi-même, me voilà en train de rédiger un “court” (en fait démesurément long pour Twitter) message à Patsy Kensit. Je lui confie comment “I’m Not Scared” m’influença musicalement (vers les Pet Shop Boys, New Order, Depeche Mode…), comment elle constitua mon premier fantasme alors que je n’avais que douze ans. Je lui raconte les vacances en Bretagne, Eighth Wonder en bande originale d’une life was so magical in these times, avant la mort de ma mère six ans plus tard, etc. Plus j’écris, plus je me mets à chialer comme une madeleine — je le lui dis (je me le dis): “the song is currently playing; crying is so good from time to time.” Je termine en disant que j’adore moi aussi les chats, et, gros bêta, j’envoie le message. 

Avant de m’endormir, toujours au bord des larmes, je me revois, au cours de l’été 1997, effectuer ce “pèlerinage” au long des côtes de Bretagne, repassant par tous les lieux où mon père et ma défunte mère nous emmenaient, mes frères et moi, durant les vacances scolaires d’alors (d’été voire de printemps). Je me revois sillonner l’infini estran de Trélévern, inondant le sable et les roches de torrent de larmes — je suivais les côtes de Bretagne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre mais n’avais pas réussi à achever le pèlerinage, obligé, dans les fosses du chagrin, de m’arrêter à Concarneau (oh! La “dame du métro”, l’autre jour, m’a dit qu’elle avait une maison en Bretagne, près de la Pointe du Raz — et je me revois, sur cette pointe, au mois d’avril 1990, lors de nos dernières vacances en Bretagne, écoutant dans les vents violents “The Model” de Kraftwerk…). Et je repense à comment, après la mort de ma mère, j’avais été obligé, durant plus de quatre ans, dans le deuil et ses sillons, de me couper de tous mes amis de lycée, avant de retrouver Hervé, le meilleur d’entre tous. Oui, cela sentait déjà la poudre dans “Ces gens que je ne reverrai sans doute jamais” et encore plus dans “Cher Journal”. Je vais devoir trancher. Ma vie sociale, qui, du fait de ma fatigue et mes limitations psychomotrices, se résume surtout à Facebook, ne ressemble plus à rien. Si je me sens stigmatisé depuis longtemps (mon supposément meilleur ami parisien m’a quand même lancé, samedi dernier, dans une conversation de groupe sur Messenger, pour je ne sais plus quelle raison, un drôle de “tu ne serais pas bipolaire? Ahahahahah”), je réalise que plus ou moins inconsciemment, je cherche à faire fuir tout le monde: si mes publications sont ce qu’elles sont (voir mon article d’hier: “‘The’ Facebook”), mes commentaires sur les publications des autres sont de plus en plus décalées, inappropriées, sinon provocantes ou désobligeantes. Je dois avoir environ 125 amis sur Facebook (exactement le nombre de Dunbar). Beaucoup d’entre eux me sont très lointains voire inconnus — curieusement, ce sont envers ceux-ci que je montre le plus d’intérêt—: tous ceux, en revanche, qui m’ont connu dans mes années de gloriole post-adolescente, m’ont vu partir au Chili, puis revenir malade, puis sombrer dans la folie profonde, avant que je ne chutasse dans les abysses que je côtoie depuis des années, ont, non seulement, je le sens, je le sais, une opinion préconçue sur moi qui me dérange, mais, plus que tout, constituent bien trop le miroir d’années que je dois définitivement effacer. Si je veux m’en sortir, je dois tourner le dos (au passé et, malheureusement, à ceux qui le constituent): sans doute passer un petit coup de FacebookFriendCleaner, mais aussi rencontrer de nouvelles personnes dans la vraie vie (en m’investissant dans des associations, quand je le pourrai, par exemple?) ou bien, si le deuil des dernières années est un fardeau trop lourd à porter, faire le moine comme je le fis après la mort de ma mère. Bien sûr, si mes potes de toujours débarquent chez moi avec des fleurs et du crack, je ne les enverrai pas balader. Mais j’ai tellement de mal à me retrouver dans les autres, en ce moment. Loneliss is bliss” (Kevin Parker, Tame Impala). Ai-je peur? N’ai-je pas peur? 

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