Vortioxétine, troisième jour — “Have You Ever Been This Low?”

Ma psy n’en finit donc pas d’aligner les conneries. Je vais, encore une fois, devoir changer de crémerie. Après l’épisode désastreux de la quétiapine (voir je ne sais plus quel[s] article[s]…), le passage à la vortioxétine (un antidépresseur, ce truc? Mon cul, oui…) constitue un véritable cataclysme. En seulement trois jours, me voilà revenu au stade où le seul simple fait de vivre constitue une douleur. Je vois la saleté s’accumuler dans mon studio et ne peux rien y changer. J’ai quand même réussi à prendre une douche et à me traîner jusqu’au Franprix afin de faire un stock minimum de bouffe, battant au passage mon record de lenteur sur le trajet; l’ascension des quatre étages de mon immeuble au retour avec mon caddie plein à craquer a représenté le summum de la laboriosité: je n’étais pas essoufflé mais tout tournait autour de moi, et je devais m’arrêter pour faire une pause à chaque étage. Je ne peux pas continuer ainsi — si je reste avec cette saloperie de vortioxétine, non seulement je n’arriverai pas à acheter des cadeaux de Noël pour ma famille mais sans doute n’atteindrai-je pas 2023… Je vais donc devoir aujourd’hui trouver la force de voir ce qu’il me reste dans les tiroirs comme antidépresseurs me réussissant (clomipramine, escitalopram, fluoxétine) et ajuster moi-même le cocktail et voir jusqu’à quand je peux tenir (quantitativement parlant) avant de prendre un rendez-vous avec un nouvel apprenti-sorcier. 

Après avoir replongé au mois de juin en clinique même du fait des manipulations extrêmement hasardeuses des psychiatres, durant tout l’été et le début de l’automne, j’ai cru que la persistance hors clinique de ma dépression était due à ma replongée à doses significatives dans le cannabis. Je réalise aujourd’hui, après des mois de quasi-totale abstinence, que les choses sont plus complexes. Je me demande souvent quand et si je récupérerai biologiquement de cette phase maniaque invraisemblablement disproportionnée en intensité et en longueur qui s’étala de juillet 2018 à décembre 2019… Ne m’y suis-je pas définitivement cramé le cerveau? Je ne parle pas de mon obsession par Fishbach et autres sujets sensibles, ni même des stupéfiants (avec le recul, je considère que ma consommation — discontinue — de THC n’avait alors rien d’aberrant) mais des efforts cognitifs et physiques auxquels je me livrais: les voyages dans des trous de ver, les sessions incessantes de télépathie amoureuse puis paranoïaque, les centaines de kilomètres que je pouvais faire en marchant et criant à travers toute la région parisienne, etc., c’était très, très usant. Plus le temps passe et plus je me sens invalide. Si je dois rester comme ça jusqu’à la fin de mes jours, autant passer à la solution des poètes et rockeurs: la drogue, mais la vraie — le crack (sur la capitale, je sais par qui et où passer). Je vais un peu vite: j’exagère, j’ai encore trop à écrire, et je me sens quand même psychologiquement assez loin de cette option finale (qui de toute façon, vue ma faiblesse physique, me tuerait en quelques jours). 

Pour écrire cet article, j’ai commencé par m’accompagner de l’album Automatic For The People (1992) de R.E.M. — le fameux chef d’œuvre du groupe, habité de bout en bout par la mort; on disait alors tout et n’importe quoi au sujet du chanteur du groupe, Michael Stipe: qu’il avait, au vu de sa physionomie, un cancer, le SIDA… Il était simplement profondément dépressif (névrotiquement? Psychotiquement? Le débat reste ouvert mais la réponse réside peut-être dans l’album Up, paru six ans plus tard, et notamment dans la chanson “Lotus” et encore plus précisément dans le vers “So happy to show us, I ate the lotus” — “je suis si joyeux de constater que j’ai tourné la page, je me régale de la vie”, étant ma traduction personnelle). J’ai trouvé le disque presque trop joyeux pour m’inspirer (sans doute Stipe tournait-il musicalement en dérision son obsession par la mort). J’ai fouillé dans ma discothèque numérique et ai trouvé le disque parfaitement rageant et désespéré: P (1997), le second opus de Portishead. Je ne le conseille à personne pour égayer ce beau dimanche de décembre. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à tenir jusqu’au bout. Je reviens à Liam Gallagher, pour qui aujourd’hui doit être un sacré jour de deuil (la passion de l’ex-frontman d’Oasis pour le foot est légendaire…). 

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