Clinique psy, centre de désintox, résidence secondaire, ou camp d’entraînement?

Qu’une chose soit claire tout d’abord: en France, sur les panneaux d’indication urbains, je n’ai jamais vu inscrit « clinique psychiatrique » mais toujours « clinique psy »; manière évidente d’adoucir l’annonce de que l’on trouve derrière nos murs (des cinglés) ou porte ouverte à des interprétations loufoques — « clinique psy » pouvant au fond très bien se compléter en « clinique psychédélique ». Mais basta: ici, les médecins sont des psychiatres, les infirmiers/ères des infirmiers/ères psychiatriques. Voilà le domaine. Cependant, dans la réalité, comme j’ai déjà pu le souligner dans ce blog, une grande quantité de patients ne présentent pas de maladie psychique avérée mais sont bel et bien là en cure de désintoxication: alcooliques, fumeurs de joints invétérés, mais aussi, en plus petit nombre, cocaïnomanes et héroïnomanes. La frontière entre les « malades » et les « drogués » est souvent palpable, les seconds ignorant beaucoup (non pas à dessein, mais simplement comme le commun des mortels) ce dont souffrent les premiers. Un bon nombre de patients cumulent aussi troubles psychiques et troubles addictifs. J’en fais partie (voir l’article « Mon trouble bipolaire et ses comorbidités: un premier bilan ») et si, au bout de presque deux mois d’abstinence totale en matière de cannabis, je ne ressens aucun manque, je me connais: en sortant maintenant, dans une forme très, très nettement supérieure à celle dans laquelle je suis entré, j’aurais indéniablement la tentation, par « curiosité » (…), de voir ce que pourrait me procurer un bon gros pétard de weed. Autant donc ne pas se presser, d’autant que cela ne fait qu’une huitaine de jours que je me sens à peu près « stable ».

Cela étant dit, la réponse à la question du titre de cet article est donc, prenons de l’avance, affirmative à tous les niveaux. Je ne me sens pas du tout mal ici, au contraire. C’est la troisième fois que je viens et je sais que j’y reviendrai; deux patientes bipolaires, d’âges distincts, m’ont confessé en être à leurs trente-quatrième et onzième passages, respectivement. Il ne faut pas cracher dans la soupe: même en chambre double je suis bien logé, la nourriture est correcte (et depuis que mon père ce génie m’apporte du muesli en complément du pain-beurre-confiture du petit-déjeuner de la clinique j’approche de la perfection en matière nutritive matinale) et, tant que je ne suis pas en phase maniaque, je m’entends très bien avec tout le personnel. Et surtout, quel luxe: n’avoir à faire ni la cuisine ni le ménage. La vue alentours est réjouissante: l’openfield boisé des limites du bassin parisien (cuestas pour ceux qui connaissent). Oui, pour quelqu’un souffrant de troubles psychiques conséquents, une telle clinique psychiatrique tient de la résidence secondaire. On y retrouve des gens connus, on noue de nouvelles amitiés, il y a des salles communes, des jeux de société, un billard, une table de ping pong, et même des jeux vidéos de bar des années 1980; sans parler des salles d’ergothérapie, de fitness, et de balnéothérapie. Et puis, pour ceux qui comme moi ont besoin de défoulement au grand air, il y a une piste d’environ 800 mètres qui suit l’enceinte de la clinique. L’essentiel de ma thérapie (et du développement de mon addiction « saine ») réside là: l’entraînement à la course d’endurance. Pour ceux qui ont suivi, je pétais déjà la forme lors de mon virage maniaque au début du mois de janvier (deux entraînements par jour, un vrai délire après presque deux ans d’inactivité et d’hygiène de vie douteuse) avant de choper le Covid–19. Cette fois-ci, au cours des deux dernières semaines, j’y suis allé beaucoup plus progressivement et raisonnablement, reflet de mon état « euthymique »: une seule sortie en courant par jour, parfois complétée par de la marche à allure libre. Résultat: ce matin, j’ai battu mon record de nombre de tours qui datait du printemps 2021 (30 tours) — dans des conditions climatiques idéales (temps relativement dégagé, environ 8°C de température), sans verser une goutte de sueur, j’ai enchaîné 35 tours sans aucune difficulté. Et puis, comme la bouffe à la cantine ne me convenait pas du tout, je n’ai mangé qu’une barquette de carottes râpées, un yaourt et une compote: dans de telles conditions, il m’a été impossible de faire la sieste et j’ai décidé de ressortir marcher d’un bon pas: une quinzaine de tours de plus, ce qui, au final, m’amène à près de 40 kilomètres en deux tiers de journée (et cette fois, au retour, j’ai sorti de mes réserves un grand bol de céréales et une brique entière de dessert au soja)… Soudainement, mes rêves de raids en semi-autonomie sur les plateaux de la Brie près de chez mon père deviennent radicalement accessibles. Et que dire de mon projet de « running pilgrimage » à Rouen dans les deux jours précédant le concert de Fishbach à la fin du mois d’avril? En faisant l’hypothèse que j’aurai repris le travail, pourrai-je poser trois jours de congé ainsi au débotté et rallier la salle du 106 depuis une ville quelconque (Mantes-la-Jolie? Evreux?…). Quelle logistique devrai-je mettre en place? Cela vaudra-t-il vraiment le coup?…

Concluons: ah! Si seulement Sylvestre était encore là… Nous nous serions sans doute fait virer après avoir été surpris au cours d’une sieste crapuleuse! L’amour demande parfois de la patience. Et Sylvestre sait que l’étape cruciale — la (non-) appréciation de ma part du disque de Fishbach (qui sortira la 25 février) — reste encore à franchir. Elle est jalouse comme ce n’est pas permis (façon de parler, je lui donne mon entière autorisation, bien sûr) et est déjà partie explorer toutes les publications de Fishbach sur Facebook, y recherchant et annotant tous les commentaires plus ou moins comiques ou enamourés de « Super Fan » (mon titre officiel sur Facebook sur les pages de Fishbach et Suede) que j’ai pu y laisser. Et oui, ma chérie, il faudra sans doute apprendre le partage; le « poly-amour » n’est-il pas à la mode? Aïe, aïe, aïe, je me vais encore me faire démonter moi.

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