Bref. Juste une autre journée à la clinique

Bref. Lorsque je me suis levé ce matin, il m’a fallu quelques minutes pour mesurer pleinement que mon isolement Covid–19 était terminé. J’ai passé la tête par la porte de ma chambre, puis le corps, ça faisait bizarre, alors je suis re-rentré, je me suis habillé, et j’ai marché à pas vif jusqu’à la machine à café. J’ai pris un déca et je suis sorti fumer une cigarette dans l’air frais, il restait une petite demi-heure avant le petit-déjeuner, c’était cool. C’est alors que je me suis rappelé que c’était aujourd’hui que Elle s’en allait, c’était moins cool. Je suis retourné dans ma chambre, j’ai attendu les médicaments, puis je suis allé me mettre tout devant, comme un con, dans la file d’attente du réfectoire, alors que je n’avais jamais fait ça au préalable. Bref. J’ai mangé huit morceaux de pain, deux petits pots et demi de confiture, et une tablounette et demi de beurre, je me suis dit que c’était assez équilibré dans le déséquilibre. J’ai bu une, puis deux, puis trois tasses de café. J’ai décidé que j’allais commencer par aller courir vite fait, pour avoir du temps à passer avec Elle avant son départ à onze heures. J’avais tout préparé et j’allais sortir des toilettes lorsqu’une infirmière est entrée dans la chambre; elle m’a vu tout nu, elle est ressortie, j’ai mis une serviette autour de la taille, elle est re-rentrée, tout ça pour me dire que je devais changer de chambre, ça m’a vraiment fait chier, mais comme j’avais déjà fait, ça m’a juste désespéré. J’ai rangé mes affaires à toute allure, j’ai croisé Elle dans le couloir, elle était toute belle, je savais pas trop quoi lui dire, je me sentais empoté comme c’est pas permis, alors je lui ai dit « oh! T’es toute belle », et j’ai souri, et elle a souri aussi. J’ai emmené mes affaires à la bagagerie, j’ai demandé quand ma nouvelle chambre allait être prête, on m’a dit « bientôt », j’ai fait: « chouette », sauf que je savais plus du tout comment organiser ma matinée et que les trois cafés commençaient à taper sévère dans mon système et que je me suis rendu compte qu’après une semaine à rester enfermé je déraillais nerveusement, ça tremblait grave de mes coudes jusqu’à mes doigts, j’avais de toute évidence urgemment besoin de sport. J’ai commencé à faire des plans: 1) ma chambre allait très vite être prête, j’allais très très vite tout emménager, j’irais courir une petite demi-heure avant de passer tout le reste de la matinée en lover avec Elle; 2) ma chambre allait être prête tout à la fin, j’allais péter un câble, être désagréable avec Elle et Elle risquait de me détester; 3) j’allais demander aux infirmières de me rouvrir la bagagerie afin que je me change pour aller courir avant de revenir pour l’emménagement, et… Finalement, j’ai essayé le (3) mais les infirmières se sont moquées de moi. J’ai demandé: « mais ma nouvelle chambre est prête? », elles m’ont répondu que « non, mais bientôt ». Du coup, je suis allé me mettre dans le hall d’entrée pour attendre Elle, Elle est arrivée avec tous ses bagages, je me suis dit: « Elle va voir que je suis nerveux », je l’ai regardée, elle m’a scanné, je me suis dit: « elle voit que je suis nerveux », elle n’a rien dit, mais m’a fixé dans les yeux, et ses yeux m’ont dit: « t’es encore anormalement nerveux. » Elle s’est approchée de moi, on s’est fait des câlins, Elle a fait des allers et venues entre notre canapé et le bureau des sorties et moi je suis allé environ vingt fois en une petite demi-heure demander à la meuf de l’accueil si ma nouvelle chambre et mon badge magnétique étaient prêts, la meuf de l’accueil avait l’air horripilé ce qui ne faisait que m’encourager à venir la tanner car je la déteste. J’ai cependant décidé d’arrêter surtout parce que j’avais peur que Elle se figure des trucs comme: « il veut baiser la nana de l’accueil. » Au bout du compte j’ai eu mon badge pour ma chambre prête à peu près au moment où Elle allait partir. Je me suis senti encore plus empoté que le matin, je l’ai serrée dans mes bras, il y avait ses parents derrière, je me suis demandé: « je l’embrasse? », persuadé qu’Elle le ferait Elle de toute façon si je ne prenais pas l’initiative; j’ai desserré l’étreinte, je l’ai regardée, Elle m’a regardée, j’ai resserré l’étreinte en me disant: « je vais l’embrasser. » Je l’ai tenue au bout de mes bras, je ne l’ai pas embrassé, elle ne m’a pas embrassé, j’ai réalisé que j’avais complètement foiré le truc, je lui ai dit un truc très original: « prends soin de toi, je t’appelle tout à l’heure », et j’ai tourné les talons une première fois, me suis retourné, elle me fixait comme si elle me détestait, j’ai retourné les talons, me suis retourné, elle me fixait en me haïssant, c’était sûr. Déconfit, j’ai fait rentrer toutes mes valises dans ma nouvelle chambre, j’ai eu la flemme de tout dépaqueter et tout ranger, j’ai juste pris de quoi aller courir même s’il ne me restait plus que trois petits quarts d’heures avant l’heure du repas, ce qui se révéla amplement suffisant, j’étais à la ramasse et j’ai passé plus de temps à essayer de défaire le pli du slip sur mon cul plutôt qu’à me concentrer sur l’effort physique. Manger ne s’est pas avéré trop repoussant ni compliqué à part pour le taboulé pour lequel ma tremblante du mouton ne m’a vraiment pas facilité la vie. Après le déjeuner, j’ai décidé de faire une sieste et j’y suis assez bien arrivé, sauf que j’avais peur mais de quoi je savais pas. J’ai été obligé de me lever deux fois pour pisser, ce qui a brisé mon repos post-prandial en trois, et je me suis un peu détesté, mais pas tant que ça. En me levant, je suis allé me chercher un café, puis un deuxième, j’ai passé un quart d’heures à observer les affaires de sport sur le lit, je ne trouvais vraiment pas la motivation. Je me suis finalement vêtu, je suis sorti dans le couloir, je me suis dit: « mais pourquoi? », alors je suis rentré dans ma chambre, je me suis déshabillé, j’ai remis ma tenue normale et ai écrit un message sur Messenger à Elle, en me disant qu’il fallait que je rattrape mon coup foireux du matin. Je me suis gratté la tête, les affaires de sport étaient toujours là, il était un peu moins de quatre heures de l’après-midi, j’avais juste le temps avant que mon père ne me rende visite, donc je me suis re-préparé, je suis sorti dans le couloir, suis passé dans le premier hall, puis dans le couloir suivant, et à mesure l’idée que ce projet était lamentablement vain ne faisait que croître. Devant la clinique, je me suis rendu compte que j’étais fatigué et qu’il y avait trop de vent, alors j’ai abdiqué, je suis re-retourné dans ma chambre, ai définitivement réintégré ma tenue normale et une idée fabuleuse m’est venue: j’allais faire ma lessive. Je suis parti me chercher un troisième café. Je suis ensuite immédiatement descendu au niveau 0, la machine était libre, je sentais une euphorie grandir en moi, j’ai rassemblé toutes mes affaires crades dans un grand sac Casino et je me suis alors rendu compte que je n’avais pas de pièces de monnaie et que le changeur de billets en monnaie était en panne. Tout ça commençait à faire beaucoup. Bref, j’ai finalement décidé de marcher un peu dehors, il faisait frais, c’était vivifiant. Lorsque mon père est arrivé, j’étais doucement fatigué et je ne savais pas trop quoi dire, je voulais éviter de me plaindre une fois de plus, alors, au lieu de rester dans des postures absentes me faisant ressentir comme et passer pour un handicapé de 45 ans, nous avons parlé de Elle comme si Elle était connue de ma famille depuis des mois. Mon père m’avait aussi ramené des super barres de céréales hyperprotéinées Go Sport à la vanille, j’étais trop content. Il était déjà tard et à peine le temps de m’allonger sur le lit pour méditer un poil que j’étais aspiré par le dîner, au cours duquel j’ai parlé d’index glycémique avec ma voisine de table, enfin quelqu’un de calé en nutrition. Il est 21 h 28, c’est à peu près tout (quoique de nombreuses séquences très personnelles ont évidemment été omises), l’effet des somnifères se fait doucement sentir. Bref. C’était juste une autre journée à la clinique.

3 commentaires sur “Bref. Juste une autre journée à la clinique

  1. Tu n’as rien foiré du tout. Il n’y a pas de bon moment ni de moment décisif. J’ai hâte de lire la suite de tes aventures… Tu as pensé à pisser sur la pelouse de la clinique pour fertiliser la Terre ? Important à faire après la lessive de la semaine !

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