Postface: “vous m’avez lu” — La playlist de mon départ

Tu t’es réveillé trop tôt, secoué par une crise d’asthme. Mais, dans les gestes machinaux que l’on fait dans ce genre de cas, tu as trouvé un mail d’un expéditeur inconnu. “Je vous ai lu.” Quelques lignes simples et belles, de quelqu’un qui te lit, qui n’a pas fini. Peut-être n’écris-tu pas tant dans que ça le vide; peut-être n’est-ce pas le moment de tout fermer, de tout supprimer. L’asthme est passé. Voilà. Combien d’articles as-tu composés? Soixante-dix? Plus? Pour le moment, tu as dit presque tout ce que tu pouvais et étais en état de dire — bien plus en tous les cas que tu n’aurais dit à un psychothérapeute. Il y aura peut-être — ou non — une suite. Tu n’es pas écrivain et tu n’as fait que tenir un journal, dont les imperfections et la perte de pudeur croissante sont peut-être ce que l’on y trouve de plus précieux. Il le fallait. Tu as vomi, longuement. Il restera des séquelles psychologiques, peu ou prou à l’aune de l’encre versée. La résilience biologique de ta dépression, tu en as déjà parlé: tu n’avais qu’à pas être maniaque, délirant, surexcité, surpuissant pendant si longtemps auparavant. On t’y reprendra ou l’on ne t’y reprendra pas. Pour l’heure, tic, toc, les jours passent, fébriles, et la constance de l’idée de la mort, elle, ne passe pas. 

Tu partiras peut-être plus tôt, bien plus tôt que d’autres. Autant prévoir. Tu imagines un grand salon, sombre et éclairé de quelques lampes anciennes, des enceintes puissantes mais discrètes, dans les coins. Il faudrait un DJ pour ajuster les différences de volume et les enchaînements. Il faudrait que les gens pleurent, ou rient, ou dansent, ou tout à la fois, mais surtout qu’ils boivent — et se disent éventuellement: “ah oui! C’était tellement lui…” Tu vas mettre les 20 titres auxquels tu as pensé en-dessous de ce texte, sans aucune référence; ce ne sera pas trop difficile comme blindtest. Idée d’épitaphe volatile? Ou envie de monter dans une voiture et de rouler vers le soleil levant le volume tremblant? Un départ… C’est peut-être la mort. C’est peut-être la renaissance, après une absence. N’oublie pas: on t’y reprendra ou l’on ne t’y reprendra pas. 

Adieu? À bientôt? À jamais? 


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